Cyrano

Il me faut une armée entière à déconfire !
J'ai dix coeurs, j'ai vingt bras, il ne peut me suffire
De pourfendre des nains ! Il me faut des géants !

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand

mercredi 1 novembre 2017

NaNoWriMo, jour 1 - Pas de panique

Le NaNo de cette année aura démarré sur les chapeaux de roue, à la kick off de Toulouse -on était dix-huit en tous, certains en rang d'oignons sur le canapé, y avait au moins deux personnes par terre et plein de monde autour de la table du salon. Word-war IRL de minuit à une heure, word sprint sur le site les quinze premières minutes. J'ai pris une bonne avance de 2218 mots ce qui tombe très bien quand on a une dissert, des révisions et des corrections éditoriales en parallèle.

Vous avez entendu corrections éditoriales ? J'ai bien dit corrections éditoriales : quelques heures avant le coup d'envoi du NaNo tombaient dans ma boite mail les commentaires de mon éditrices sur les trois premiers chapitres du tome 2. Je viens à l'instant de les lui renvoyer, j'en attends une seconde volée pour aujourd'hui. Nous n'avons toujours pas de date précise, en revanche on m'informe dans l'oreillette qu'on vise Janvier 2018 pour la publication. Qu'on se le dise.


Les stickers dédiés à Tobias et Matthew
Quelques rappels importants : je serai à Fantasy en Beaujolais le week-end du 11 et 12 novembre -ah la vache c'est bientôt !! Avec le concours de ma talentueuse soeur, Charlotte DeBoever, artiste et enseignante, j'aurai au moins trois stickers à vous y proposer pour accompagner les dédicaces -le quatrième ne devrait pas être prêt à temps, il sera à Montreuil. Venez nombreux, les stickers ne sont pour l'instant disponibles que sur salon, et la dernière fois ils sont pour ainsi dire tous partis.











Autre annonce : décision a été prise de ré-éditer le premier tome avec une nouvelle couverture. Cette nouvelle version devrait être disponible à partir du salon de Montreuil -je vous invite d'autant plus à venir me voir dans le Beaujolais que j'y vendrai peut-être les derniers exemplaires du tome 1 avec sa couverture actuelle.

Sous vos yeux ébahis et en exclusivité mesdames, messieurs et autres : la nouvelle couverture du tome 1 !

Love sur vos têtes !

samedi 28 octobre 2017

NaNoWriMo, J-3 : faire des plans

À trois jours du coup de feu du NaNoWriMo, il s'agit d'anticiper, d'autant plus que le démarrage tombe pendant ma semaine de vacances -tant mieux, me direz-vous, sauf que non parce que ma semaine de vacances, j'en ai besoin pour écrire une dissertation, lire plein de bouquins, et si j'ai la foi (lol on sait tous que non) faire des fiches de révision pour anticiper sur les examens de janvier.

Je suis fermement décidé à tenir les 50,000 mots ce mois-ci -prions ensemble pour que cela suffise à boucler le tome 3 d'Il nous reste le ciel, mais bon, honnêtement, j'ai peu d'espoir. Du coup j'ai profité de la dernière semaine de cours avant le break de mi-semestre, dernière semaine au cours de laquelle mon attention en classe a tendance à chuter, pour planifier le NaNo, histoire de faire genre je suis quelqu'un de productif (spoiler alert : non). Résultat des courses :

LE PLAN
Étant quelqu'un de particulièrement généreux, je vous offre en avant première le truc qui se fait passer pour un poème, et qui introduit ce tome 3. La photo du manuscrit tel que présenté par scrivener annonce 22 chapitres mais c'est parce que les 18 autres et l'épilogue qui conclut l'affaire sont plus bas. Les dossiers de couleur représentent les différents chapitres, colorisés en fonction des personnages sur lesquels ils sont centrés. Les petits fichiers texte en noir sont des flash backs -oui, y en a tout le long à intervalle plus ou moins régulier, on verra si ça reste comme ça.
Donc, si on résume :

Projet : La déchirure (Il nous reste le ciel, #3) (je précise que ce titre est provisoirement provisoire).
Nombre de chapitres prévu : 40 + un épilogue
Nombre de chapitres écris à l'heure actuelle : 14
Nombre de mots à l'heure actuelle : 60,002
Nombre de mots prévus : 150,000 maximum

Faîtes moi confiance, je suis un professionnel.
La carte en grand
La planification a également donné lieu à pas mal de gribouillages sur une carte vierge des États-Unis, et comme je ne suis pas un sauvage je vous ai carrément pris en photo tout mon tableau-en-liège-qui-fait-pro (ne me remerciez pas, c'est tout naturel) (le dessin de bonhomme qui crie m'a été offert par ma nièce de neuf ans, merci de ne pas psycho-analyser notre relation en se basant dessus).




J'ai pris les photos ce matin, je tape cet article au beau milieu de l'après-midi (j'espère que vous appréciez mes efforts, c'est quasiment l'heure du goûter), et il me traverse soudainement l'esprit que tant que j'y suis, je pourrais vous montrer mon espace de travail en mode propre, rangé et éclairé. Comme c'est vachement plus swag de nuit, ça attendra qu'il fasse nuit.




Je vais faire semblant d'être un blogger actif et m'efforcer de faire un suivi du NaNo en postant régulièrement des articles sur mes avancés -si je le fais pas ici j'essaierai au moins de vous tenir au courant sur ma page facebook. Je crois même que y a un widget quelque part qui permet d'updater son wordcount directement sur son blog, je vais voir si je le trouve...

Bref, love sur vos têtes <3

mardi 26 septembre 2017

Au retour des Aventuriales 2017

L'objet du délit.
Dans le bus qui me ramène à Toulouse, la tension retombe d’un coup et je pionce du sommeil du juste pendant un bonne heure. Je bouquine un peu le temps de me réveiller -j’ai laissé les bouquins achetés aux Aventuriales dans mon sac de randonnée, dans la cale, pour ne pas entamer de nouvelle lecture alors que j’en ai déjà deux en cours, dont une pour l’université qui reprend pas plus tard que demain matin. Sur une aire d’autoroute, un message d’Estelle Faye, sur Facebook, m’annonce une ultime vente -si le lecteur ou la lectrice se reconnaît, je lui promets une dédicace et des stickers sur un prochain salon.

Quel week-end, mes enfants. C’était mon premier salon, mes premières dédicaces. L’enfant de huit ans qui avait fait serment, au salon jeunesse de Montreuil, de se trouver un jour de l’autre côté du stand, danse comme un guerrier autour de son feu de camp depuis deux jours.
Il faut dire que je n’en menais pas large, samedi matin, en arrivant sur le parking en compagnie de Natalie Bagadey et de Dorian Lake, ramassé sur le chemin du salon. Personne n’avait assez dormi -la veille, chez Luce Basseterre (big up et love sur ta tête, merci encore pour ton hospitalité et ta générosité, sept bénédictions sur toi, ta maison, ton jardin, tes poulettes, tes enfants, tes petits enfants, ton chat), on avait veillé plus tard que prévu toutes les trois, en compagnie de Yuca, l’étudiante japonaise, et de Nathalie Dau et Valérie Simon. Je sais pas si c’est un truc d’auteurs d’avoir toujours tant de choses à se dire… Pour ma part, la rumeur des conversations avait constitué un bruit de fond salutaire, car c’est tandis que leurs voix bourdonnaient à mes oreilles que j’écrivais les dernières scènes d’Il nous reste le ciel. Ne nous emballons pas, les deux tiers du troisième tome restent à rédiger, mais son écriture a désormais un arrière goût de finalité -je mens un peu, là, encore que pas totalement… On en reparlera.
Samedi matin, donc, une heure avant l’ouverture officielle du salon, j’étais en PLS sur le parking, Nathalie se marrait parce qu’en tant que ma plus grande fan autoproclamée (big up !) elle pouvait bien se le permettre, et moi je ne savais pas ce qui serait pire : que des gens viennent me voir, ou que personne ne se montre.

Vous le sentez, le PLS, ou pas du tout ?
De neuf à dix heures, je me suis baladée dans les allées en regardant les éditeurs et les auteurs s’installer -l’avantage d’être chez le libraire, et aussi d’être arrivé sous préparé, c’est que j’avais pas grand chose à faire niveau mise en place. Pendant que Stéphanie, de la librairie du Cadran Solaire, disposait vingt exemplaires d’Il nous reste le ciel et une quinzaine de Positive Way juste à côté des bouquins d’Estelle Faye, je suis allée me lamenter devant la maquette d’une ville -j’étais beaucoup plus sous-équipé que je ne l’avais anticipé. Par acquis de conscience, je suis allé disposer les stickers de Charlotte DeBoever sur mon coin de table, et j’en ai profité pour piquer des fraises Tagada dans le crâne qui accompagne Valérie Simon en dédicaces -une fois qu’on s’est dit trois fois qu’on est sous-préparé on arrête, même quand on est en PLS.

J’en profite pour poser un big up à Nanouk, le bébé berger australien de trois mois tellement fluffy que j’ai failli mourir en le caressant. Pour jouer avec un chiot on est obligé de quitter cette foutue Position Latérale de Sécurité, et puis ça donne la pêche, les boules de poils.

Estelle Faye dans toute sa splendeur.
Bon gré mal gré et en dépit de quelques couacs et drames, il a bien fallu démarrer. Je me répétais que si personne ne m’achetait rien j’en ferais pas un drame, qu’après tout passer deux jours aux côté d’Estelle Faye ça déchire. J’avais eu l’occasion de rencontrer Anna Combelle et aussi plein de gens sympas style Morgane Ranzini (big up à toi !), préposée au chiot tout fluffy en ma compagnie, et qui m’a acheté, si je ne m’abuse, mon dixième bouquin.
Oui parce que du coup à l’heure où tout le monde a commencé à partir déjeuner j’avais déjà vendu et dédicacé quatre bouquins, dont un seul à quelqu’un que je connaissais -ce qui veut dire, oui, vous avez bien lu, que trois parfaits inconnus avaient été suffisamment convaincus par mon blabla (et celui de Nathalie Bagadey, on va pas se mentir) pour acheter mon livre. À ce stade je nageais tellement en pleine hallu que j’ai déjeuné sur mon stand avec Morgane de peur de rater une vente.
Le premier jour, j’ai vendu dix Ils nous reste le ciel et deux Positive Way. Dans mon petit carnet j’avais créée un tableau pour compter les ventes, et j’ai réalisé très vite que j’aurais dû rajouter une troisième colonne intitulée « Gens envoyés par Nathalie Bagadey », y aurait eu facilement une demi douzaine de petits bâtons rien que dans celle-là -du coup double big-up ! L’auteur jeunesse refoulé en moi a rejoint la gamine de huit ans dans sa danse de victoire quand j’ai vendu le bouquin à deux enfants : Amandine, douze ans, et Louise, treize ans.
Je me permets de faire un paragraphe sur ma rencontre avec Louise parce que wesh. J’ai appris par la suite que c’était la fille du restaurateur d’En attendant Louise, restaurant local partenaire des Aventuriales dont la truffade… Okay, attendez, je ferais un paragraphe sur la truffade d’En attendant Louise plus tard, je vais commencer par vous parler de Louise. Louise, elle m’a fait halluciner parce qu’elle est passée plusieurs fois sur le stand avant de m’acheter le bouquin, et que je suis resté fermement convaincu que j’avais affaire à une adulte malgré sa petite taille et son air d’enfant jusqu’à ce qu’un doute me fasse lui demander son âge. J’ai failli tomber de ma chaise. Comme j’ai réussi à rester dessus sans trop me ridiculiser, on a parlé du marché du travail dans le domaine de l’interprétariat, menacé par le développement des intelligences artificielles. Voilà voilà.

Inutile de vous dire que j’étais sur un nuage, genre même pas sûre que c’était pas un rêve, quand on a fini par se replier sur le restaurant En attendant Louise pour le repas du soir. Je sais pas comment vous expliquer, mais en gros cette truffade ne m’a absolument pas aidé à me convaincre que j’étais pas en train de rêver. On croirait pas que des patates et du fromage puissent être aussi bons mais si en fait. On croirait pas non plus qu’on puisse venir à bout de cette poêle géante, même à sept, et là par contre on aurait raison de pas y croire parce qu’on en a laissé, un crime qui me hantera jusqu’à la fin de mes jours mais qu’y puis-je si l’espace à l’intérieur de mon estomac est aussi limité ?

Dimanche matin -moins de livres, moins de stickers, moins de sommeil...
Le dimanche, l’installation des stands étant déjà faite, on est arrivées à dix heures plutôt qu’à neuf. Pour moi ça sentait déjà la fin, je partais dans l’après-midi, les bagages étaient faites. Comme souvent le dimanche dans les salons, on a moins vendu que le samedi. Je nourrissais le secret espoir de dégommer le reste du stock d’Il nous reste le ciel pour épater la galerie, mais je n’ai réussi à en vendre que deux -et quand je dis je il faut comprendre Nathalie Bagadey et moi, pour celles et ceux qu’auraient pas suivi. À l’heure du déjeuner j’ai parié à Estelle Faye que j’étais cap de vendre son dernier exemplaire de Porcelaine en son absence. Pari gagné en genre, deux secondes. Estelle Faye a tendance à beaucoup gambader en salon, apparemment, et comme j’avais lu deux de ses romans je me suis surprise à tenir deux stands à la fois parce qu’on peut difficilement laisser les gens passer sur un bon bouquin, a fortiori quand on l’a pas écris soi-même. En fait c’est plus facile de vendre les romans des autres, en tous cas moi ça me donne moins l’impression de baratiner. Big up, Estelle !

Et me voilà dans le car du retour. Que dire ? Bilan des ventes : treize Il nous reste le ciel et deux Positive Way, sans compter tous les exemplaires du dernier Gandahar, dans lequel figure ma nouvelle La révolte du pantin (entre celles d’Estelle Faye et d’Aurélie Wellenstein, c’te classe !).
Livres achetés (et je me suis restreinte) : La Débusqueuse de mondes, de Luce Basseterre ; Les Seigneurs de Bohen, d’Estelle Faye ; La Mort du Temps, d’Aurélie Wellenstein.
Gens rencontrés : je n’ose pas faire la liste de peur d’en oublier certains.
Niveau de gratitude : infinie. Ce salon était magique, je m’attendais à vendre, genre, deux livres à des potes, j’en ai vendu quinze dont seulement trois à des gens que je connaissais avant les Aventuriales. Les stickers de ma sœur ont connu un franc succès (il y en aura d’autres, qu’on se le dise !). Deux documentalistes ont pris mes coordonnées et les références de mon livre afin de l’acheter pour leurs CDI. Une bibliothécaire est venue me saluer et prendre des stickers car elle venait de recevoir le livre dans sa médiathèque. J’ai discuté avec des enfants, des enseignants, des auteurs, des parents, tellement de gens…
Les paroles et les conseils d’Estelle Faye et de Nadia Coste m’ont apporté beaucoup de réconfort et m’ont rassuré quant à l’avenir. Comme souvent lorsque je participe à un évènement littéraire, la présence de tous ces gens et de tous ces livres m’ont boosté.

La fluffytude
Pour tout ça et pour tout le reste, je voudrais remercier toutes les organisatrices et tous les organisateurs des Aventuriales pour m’avoir invitée à vivre ce conte de fée. Je préfère ne pas vous nommer de peur d’écorcher le nom de quelqu’un ou d’en oublier un autre, mais vous vous reconnaîtrez, et vous avez toute ma gratitude. Je serai heureuse de tous vous revoir quel que soit le contexte, et je reviendrai aux Aventuriales l’an prochain, que ce soit en tant qu’auteur ou en tant que visiteur.

Love sur vos têtes à toutes et à tous <3 rendez-vous en novembre pour Fantasy en Beaujolais, où j’essaierai d’être moins sous-équipé.

Chloé Jo Bertrand

PS : J’AI CARESSÉ TROIS CHIOTS !!!!!!!
PPS : ce post est certifié sans problème d’accord.

mercredi 15 juillet 2015

Tous nos jours parfaits, où la chronique qui ne voulait pas venir

Bonjour ! Oui, je sais, j'avais promis cette chronique pour la semaine passée, mais elle n'a pas voulu sortir, que voulez-vous que je vous dise ? D'ailleurs elle n'est toujours pas motivée mais comme il va bien falloir que je la ponde, et que je pars en vacances Dimanche, j'ai décidé de distribuer les coups de pied au derche, alors me voilà.

Merci à Gallimard Jeunesse pour cet envoi inopiné et cet excellent timing (la bête est arrivée à Paris deux jours avant moi).
Tous nos jours parfaits
de Jennifer Niven
traduit de l'anglais par Vanessa Rubio-Barreau

Résumé : Violet et Theodore ont beau fréquenter le même lycée, ils ne s'étaient jamais rencontrés ni même adressés la parole avant ce jour curieux où ils se retrouvèrent par hasard en même temps assis au sommet d'une tour, à contempler l'idée de tout plaquer et de sauter. Théo étant un habitué des envies de suicide, il se charge de remettre Violet du bon côté de la rambarde, et tombe, plutôt que dans le vide, sous son charme. Violet est une fille sage, dans la norme, avec une bande de potes. Théo est le clown de service, le casse-cou qui arrive à l'école peint en rouge, ou fracasse un bureau contre un tableau noir. Ils n'ont rien en commun, sinon un mal être qui les empoisonne. Théo trimballe le sien depuis qu'il est enfant, celui de Violet s'est installé il y a quelques mois, à la mort de sa soeur jumelle.
Peut-on remettre quelqu'un sur les rails quand on est soi-même à côté de la plaque ?

Ma chronique : Comment dire ? Je savais que ce livre allait gentiment me briser le coeur façon Titanic rien qu'au résumé, mais je n'en ai pas pour autant devinée la fin... Excusez-moi, j'essaie de vous donner mon sentiment sans vous spoiler... On va reprendre du début.
Tous nos jours parfaits est un de ces pavés qu'on trimballe jusque sur la terrasse pour le lire au soleil, dans un transat. Je ne sais pas si John Green a lancé une tendance ou si ça a commencé avant lui, mais depuis quelques temps je trouve partout des histoires d'amour entre deux personnages qui ne vont pas bien (que ce soit physiquement ou psychologiquement). D'ailleurs j'en ai écrit une. Tous nos jours parfaits, c'est ce genre de livre qui te fait te retrouver bien ennuyé quand on te demande de quoi ça parle, parce qu'à part "c'est l'histoire d'une fille et d'un garçon qui veulent se suicider et qui tombent amoureux", y a pas grand chose qui te vient. Si, en plus, tu ajoutes, la bave aux lèvres/larme à l'oeil "c'est trop beaaaaaaau !" les gens te regardent d'un air bizarre. Sauf que...

Bah, c'est vrai. C'est exactement ça. Et c'est ma-gni-fique.

Les chapitres sont narrés à tour de rôle par Theodore et Violet, et oui, okay, j'ai un chouchou, c'est Theodore. C'est peut-être purement subjectif mais j'adore quand c'est lui qui narre, parce qu'il vit dans un monde complètement décalé et qu'il a une façon lyrique et imagée de dire les choses. Théo se pose sans arrêt des questions (que personne d'autre ne se pose, d'ailleurs, cherchez l'erreur), il est très indépendant parce que son père est parti et que sa mère est démissionnaire, oh et il a un super pouvoir : il peut débiter cinquante mensonges à l'heure avec tout le naturel et l'innocence du monde. On lui donnerait le bon Dieu sans confession -je me demande bien ce qu'il en ferait, le pauvre chéri. Théo est le genre de type qui fait des trucs de dingue sans arrêt parce que s'il ne le fait pas il tombe dans ce qu'il appelle le Grand Sommeil, et alors attendez, faut qu'on en parle.

Le Grand Sommeil est une notion qui revient souvent dans les parties narrées par Théo, et si je devais pointer un truc pas tout à fait positif dans ce que j'ai pensé de ce bouquin, ce serait ça, parce que c'est hyper flou. Théo n'explique jamais clairement ce que c'est, et comme il n'en parle avec personne d'autre que lui-même (et donc nous) il ne ressent jamais le besoin d'expliciter le phénomène -en même temps, s'il se racontait à lui-même un truc qui lui arrive souvent, ça serait pas crédible, je comprend le dilemme de l'auteur. Mais du coup ça laisse le lecteur sur sa faim : qu'est-ce que le Grand Sommeil ? Parce que connaissant Théo ça peut aussi bien être une image pour un truc qui ne correspond pas du tout au sommeil à proprement parler. Est-ce qu'en période de Sommeil il dort pour de bon ? Est-ce que c'est une sorte de coma ? (Improbable, sinon sa mère serait au courant, quand même.) Est-ce qu'il est narcoleptique ? Est-ce qu'il souffre de cette maladie bizarre que j'ai vue dans Docteur House où tu "zappes" des passages entiers de ta vie, style t'es en train de prendre ton petit-dej et tout d'un coup c'est le soir sauf que pour toi ça fait dix secondes ? Autant de questions auxquelles le livre n'apporte jamais de réponse claire, du coup j'avoue que ça m'a légèrement frustrée. Mais bon, l'histoire déchire, alors ce petit "plot hole" se surmonte très bien.

J'ai bien aimé les passages de Violet, même s'ils m'ont moins intéressée que Théo. En fait la grosse différence entre leurs deux situations c'est que Violet n'est pas bien pour une raison précise : la mort de sa soeur. Elle culpabilise parce qu'en plus elle était avec elle, et y a plein de trucs qu'elle n'ose pas faire parce que le fait que sa jumelle ne soit pas là lui donne en quelque sorte l'impression qu'elle n'a plus le droit de vivre. Théo, lui, n'est pas bien depuis beaucoup plus longtemps, l'élément déclencheur étant un évènement somme toute pas si traumatisant que ça, dans son enfance, et depuis, comme il n'a pas été pris en charge correctement, d'autres trucs sont venus s'accumuler jusqu'à ce que son mal de vivre devienne une ambiance, une constance dans sa vie, dont la source s'est multipliée. (Je sais pas si c'est très clair, ce que je raconte. Lisez le bouquin, vous comprendrez.)

Leur histoire d'amour est vraiment bien construite, touchante, sans trop de niaiserie, mais surtout, personnellement, je me suis sentie surprise, parce que Théo a une manière bien à lui de courir après une fille (par moment ça frôlait le harcèlement mais comme il fait souvent des trucs limites c'était cohérent avec le personnage), du coup ça change un peu des histoires d'amour habituelles (toujours entre le "éloigne-toi, je vais te faire du mal" et le "tu mérites d'être aimé(e) même si tu ne le penses pas").

Je vais arrêter là avant de commencer à vous raconter la fin. En tous cas je recommande totalement cette histoire, mais ayez une boite de mouchoirs à portée de main et vraiment, âmes sensibles : abstenez-vous, pour votre propre bien.

Un roman qui fait passer le lecteurs par toute une gamme d'émotions différentes, une histoire d'amour un peu différente, le monde vu par les yeux d'un garçon pas comme les autres ; une belle histoire, à lire d'urgence.

Corneillement vôtre,
Jo

lundi 6 juillet 2015

La légende de Lee-Roy Gordon, par Aurélie Gerlach

Deux chroniques qui vont se suivre en ce début de semaine, car fraichement de retour du Canada j'ai trouvé des colis sur la table de la cuisine. On commence par le plus joyeux, je vous parlerai du dramatique demain.

Note : Merci, merci, merci Aurélie Gerlach pour ce super cadeau parce qu'au cas où mes status facebook délirants n'auraient pas été assez clairs j'ai a-do-ré !


Résumé : Morgane a dix-sept ans, elle a raté son bac, est en conflit avec sa mère et, par extension, n'a ni l'intention de retourner au lycée ni d'aller à l'université. Lee-Roy Gordon a plus de soixante ans, un grave problème d'alcool, un passé de rocker de génie, et s'apprête à faire son come-back.
Ces deux hurluberlus, ainsi que quelques autres, se rencontrent dans la cuisine étriquée du petit label Burning Spirits. Inutile de dire que ça va faire des étincelles...

Chronique : Je ne vous présente plus Aurélie Gerlach, passons à... Comment ? Il est encore nécessaire de la présenter ? Je sais pas, l'auteur des aventures de Lola Frizmuth, y a que moi qui recadre ? Ouais, le truc à hurler de rire qui se passe au Japon, avec des personnages déjantés et des péripéties de malade, là ? Oui, voilà, l'histoire à la fin de laquelle vous avez trois côtes fêlées à force de réprimer votre fou-rire en plein milieu de la nuit. On s'y retrouve. Je peux reprendre ?

Comme je le disais, Aurélie Gerlach a encore frappé, et comme j'ai eu la joie/bonheur/chance inouïe (ne rayer aucune mention, aucune n'est inutile) de trouver un exemplaire de son dernier chef d'oeuvre dans ma boite aux lettres, je vais vous piquer cinq/dix minutes de votre temps et piquer une crise d'hystérie par écris.

Les enfants, j'avais tout juste lu le prologue que je me régalais déjà. Pourtant il ne s'était pas encore passé grand chose, mais la plume fraiche, légère et pleine d'humour d'Aurélie était déjà bien là. Comme dirait mon frangin "on reconnaît la papatte du maître" !
Pour ceux qui ont suivi les aventures de Lola, on se souviendra que le dernier tome se déroulait dans le monde de la musique. Aurélie y a visiblement pris goût, nous voici plongés tête la première dans une aventure déjantée avec du rock britannique des années 60 en fond sonore. Du grand délire. Comme Mademoiselle Gerlach goûte volontiers le gangster, les héros se retrouvent dans les ennuis jusqu'au cou, avec bagarre et flingues au menu du jour, s'il-vous-plaît !
Parmi les personnages, on compte entre autres Morgane, qui pourrait être la grande soeur de Lola en un chouïa plus calme et un tantinet plus littéraire -on a levé le pied sur le smileys, les abréviations et les "lol". Bon, soyons honnête : Morgane et Lola ont beau avoir la même maman, elle n'ont pas grand chose en commun, si ce n'est d'être aussi attachantes l'une que l'autre. Morgane se cherche, est influencée à l'envers par sa mère (oui, à l'envers, parce qu'au lieu de faire ce qu'on lui dit elle fait le contraire, ce qui est une forme d'influence en creux), cherche à s'échapper sans trop savoir d'où ni par où. Un job chez Burning Spirits lui apporte quelques éléments de réponses -encore qu'à sa place, à la fin de ce ram-dam, je conclurai qu'on est jamais aussi bien que chez soi. Les gangsters italiens et les producteurs psychopathes, moi je... Fin bref.
Dans la famille de bras cassés, on nous présente le second personnage principal : Lee-Roy Gordon, un vieux rocker à la retraite un peu (*ahem* astronomiquement *ahem*) porté sur la bouteille. Lee-Roy a un caractère de merde, passez moi l'expression, mais se prend d'affection pour Morgane -entre paumés qui partent au quart de tour, on se comprend. Le bonhomme a été une star, à son époque, et s'apprête à enregistrer un nouvel album, et même à faire de la musique en général pour la première fois en quarante ans. Je dois le dire, ce vieux cinglé fut mon personnage préféré : complètement barré, inconscient comme un gamin, plus bourru que Dean Winchester, mais un coeur énorme. J'en veux un pour remplacer ma conscience, tiens.
Comme d'habitude, on trouve autour de ces deux zigotos toute une troupe de joyeux drilles aux caractères et personnalités diverses : Guillaume le producteur, Enguerrand le stagiaire, Filomène la... Filomène, les vieux copains de Lee-Roy, bref, une belle foire d'empoigne. Notre petit groupe va partir en vadrouille, de Birmingham en Angleterre jusqu'à Los Angeles (en Laponie pardon), le tout dans une ambiance à la fois barrée et pleine d'émotions : Lee-Roy a laissé pas mal de gens blessés dans son sillage, autrefois, et alors que le vieux rocker affronte son passé, Morgane, elle, doit se préoccuper de son avenir. Ce qui m'a d'ailleurs particulièrement plu, c'est que chacun donne des conseils à l'autre pour affronter leurs angoisses et leurs épreuves respectives. C'est peut-être pour ça que Lee-Roy et Morgane s'entendent si bien alors qu'ils sont si différents : chacun est exactement ce dont l'autre avait besoin au moment où ils se sont rencontrés...

C'est un livre qui m'a fait rire, sourire, pousser des "aaaaaaw" émus... Et qui m'a sans vergogne empêchée de me coucher à des heures décentes, mais ça pour le coup je commence à avoir l'habitude. Je l'ai dévoré avec plaisir, traversant toute la gamme des émotions les plus diverses. J'aime ce genre d'histoire qui rend hystérique et qui fait du bien à l'âme.

Un mot de plus et je vais vous spoiler, alors j'arrête là, mais retenez le principal : des personnages déchaînés, une histoire déjantée, du rock, des gangsters, des bagarres, des flingues, et une belle dose d'émotion, bref, tout ce qu'il faut pour passer un moment de lecture épique et badass.

Tous à la librairie !

Corneillement vôtre,
Jo