Cyrano

Il me faut une armée entière à déconfire !
J'ai dix coeurs, j'ai vingt bras, il ne peut me suffire
De pourfendre des nains ! Il me faut des géants !

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand

jeudi 16 mai 2013

Multiversum

Multiversum
de Leonardo Patrignani

Oui, elle est belle la couverture. Mais on s'excite pas dessus , s'il-vous-plaît : ne jamais juger un livre à sa couverture !
Résumé : Alex et Jenny ont seize ans. Le premier vit à Milan, la seconde à Melbourne, en Australie. À des milliers de kilomètres l'un de l'autre, donc. Pourtant, au cours d'étranges crises qui pourraient s'apparenter à de l'épilepsie, les deux adolescents entre en communication télépathique. Alex finit par se décider à se rendre à Brisbane pour rencontrer cette fille étrange qu'il ne connaît pas mais avec l'esprit duquel il est pourtant en relation.
Il n'y a personne au rendez-vous. Pourtant Jenny s'y trouve bel et bien. Au fil de leurs recherches, Alex et son ami Marco finissent par découvrir que la jeune fille pourrait bien vivre dans un univers parallèle...



Autant le dire tout de suite : ça ne m'a pas plu. Il y a plusieurs raisons à ça et la plupart sont indépendantes de l'auteur, ce dernier n'est donc (presque) pas à blâmer.

- En voyant les commentaires dithyrambiques de ceux qui l'avaient reçu avant moi sur le mur facebook de Gallimard, je m'étais attendue à une bombe. Si je l'avais ouvert sans ce type de préjugés, probable que ça serait mieux passé.

- Je deviens de plus en plus exigente dans mes lectures avec le temps, et je ne sais pas si je dois haïr ou bénir celui que j'ai appelé pendant quelques mois mon parrain en écriture, pour ça. Avant je prenais mon pied en lisant Marc Levy. Maintenant je ne sais pas si c'est encore possible, faudra que je réessaie... Après je ne sais pas si ça vient de la traduction, et ne le saurais probablement jamais puisque je ne parle pas italien et que cette langue passe bien après l'anglais, l'espagnol, le russe et l'arabe dans ma liste de langues à apprendre dans les années à venir. Mais personnellement, je n'ai pas trouvé ça exceptionnel. Je vais développer ce point là dans ma chronique.

- LA raison principale pour laquelle je ne pouvais pas adorer ce bouquin et le trouver formidable : d'après ce que j'ai lu, ce qui a accroché et sidéré la plupart de mes camarades chroniqueurs, c'est l'aspect mondes parallèles, destins parallèles, et histoire d'amour qui transcende l'espace-temps. Il se trouve que... j'ai découvert ça il y a quelques années. Mon père regardait une série de SF, un été. Je me suis assise à côté de lui sur le canapé. J'étais partie pour cinq saisons de trip, sur le moment j'en savais rien. La série s'appelait Fringe, les héros Peter et Olivia. Dans la dimension d'Olivia, Peter est mort à l'âge de sept ans. Dans celle de Peter, il a été enlevé à ses parents au même âge. Ils ont la trentaine lorsqu'ils se rencontrent à Bagdad, et qu'Olivia force plus ou moins Peter à rejoindre le FBI à titre de consultant sur des affaires étranges... Bientôt la découverte de l'existence d'un univers parallèle plonge leurs vies et leur monde dans le chaos. Sur cinq saisons, l'amour qui les unit traverse même les épreuves les plus rudes. Bref, Abrams l'a déjà fait, et l'a tellement bien fait que personne ne fera jamais mieux -je vais essayer quand même, on sait jamais.

Développement de ma chronique :

J'ai compris votre explosion d'enthousiasme, amis chroniqueurs, quand j'ai lu que vous étiez ébahis par la découverte du principe du multivers et des mondes parallèles. Comme dis plus haut, dans mon cas il n'y avait là rien de bien nouveau, sans compter que depuis ma propre découverte de ce thème de SF, j'ai beaucoup cogité sur le sujet au point d'avoir déjà des débuts d'idées de roman...
Le problème, c'est qu'une fois qu'on enlève le côté très relativement innovant d'une histoire se déroulant dans des univers parallèles, bah... À mon sens il ne reste plus grand chose.

Les personnages : je les ai trouvé vains, vides. Assez paradoxal quand on avance un peu dans la lecture et que se développe le principe de plusieurs vies menées parallèlement par une seule et même personne. Pourtant on sait des choses sur eux : Alex est capitaine de son équipe de basket, Jenny fait de la natation à haut niveau. Alex vit dans un appartement qu'il n'aime pas, à Milan, et son meilleur ami est un geek de vingt ans nommé Marco. Jenny habite une maison à Melbourne, dans un quartier calme, près de l'océan.
Justement moi je trouve qu'ils ont trop en commun, nos deux personnages principaux. On dirait qu'ils ont été construits de la même manière. Après, s'ils s'étaient rencontrés de manière classique et s'étaient rapprochés par affinité, j'aurai trouvé ça logique : généralement, on devient amis et on tombe amoureux de gens avec qui on a des choses en commun, sauf coup de foudre et grande passion -vous savez, ces trucs qui ont tendance à se terminer très mal, dans les films et les romans ? Là, c'était quand même gros que sur les sept milliards d'habitants de leur planète, ils se mettent justement à communiquer par télépathie avec quelqu'un qui leur ressemble...
Le seul personnage qui m'ait un tant soit peu intéressé, c'est Marco. Peut-être parce que j'aime bien les êtres torturés... Cela dis, sur la fin, j'en avais un peu marre de le voir virer pleurnichard -on peut être sur le point de mourir et conserver un minimum de dignité, à plus forte raison quand on a un vécu comme le sien et qu'on a donc été endurci par les épreuves que la vie nous a infligé.

La relation Jenny/Alex : ceux qui me connaissent savent que je kiffe les histoires d'amour. Ça me fait vibrer, trépigner, fantasmer, rêver, pleurer, rire (nerveusement ou pas), en réclamer encore. Là j'ai rien senti. Mais alors rien de rien... C'était tellement... artificiel ! D'abord au début j'avais pas capté qu'ils étaient amoureux. Parce qu'entre nous si je me met subitement à communiquer par la pensée avec un garçon, c'est sûr que ça va occasionner un rapprochement sentimental, mais c'est pas pour autant que je vais tomber amoureuse de lui. J'exclus pas que ça arrive, mais c'est pas obligatoire, hein ? Si y a pas de feeling, y a pas. Sans compter que nos deux tourtereaux n'ont même pas pris le temps de faire connaissance ! Les échanges télépathiques ont été plutôt courts et creux, surtout au début, avant leur rencontre, vu qu'ils ne maîtrisaient pas encore très bien la chose. Donc on ne peut même pas dire qu'ils ont fini par tomber amoureux de la personnalité de l'autre.
Après, si on me dit que c'est une force cosmique qui les attire l'un vers l'autre à travers les univers... Je veux bien, je dis même "super ! Raconte !" et je dévore. Mais dans ce cas là, la force cosmique, je veux la voir, qu'on m'en parle, qu'on me la décrive. Je veux le sentir à travers les pensées et sentiments des personnages, cette force cosmique qui les attire l'un vers l'autre. Je veux les voir s'interroger sur le sujet, se demander ce qui leur prend, s'étonner de ces sentiments si forts envers quelqu'un qu'ils n'ont jamais rencontré et avec qui ils ont à peine communiqué.
Certes, on apprend plus tard qu'ils se sont déjà rencontrés avant... Mais n'empêche. Et d'ailleurs je n'ai lu nul part, au cours des flash-back et des retours de mémoire, qu'ils étaient soudainement envahi par une reminiscence de sentiments nés au cours de leur enfance... Bref, à mon sens une histoire d'amour pas crédible et creuse, qui ne m'a pas emportée une seule seconde.

Et puis franchement, les allers-retours Milan-Melbourne, y a personne d'autre que ça choque ? Ouais, carte prépayée, passeport et tout... Mais déjà je crois me souvenir qu'il faut un visa pour entrer en Australie. À en croire l'auteur, fuguer à seize ans et parcourir des milliers de kilomètres, c'est simple comme bonjour ! Bien pratique le copain geek pour pirater du fric à droite et à gauche, pour le coup, hum ? Fin bon...

Je ne vais pas épiloguer pendant deux siècles sur un roman qui ne m'a pas plu. Ai-je besoin de mentionner l'aspect répétitif de certains paragraphes -oui, on a compris qu'Alex n'assume pas du tout la théorie de Marco sur les univers parallèles, pas la peine de lui faire répéter vingt mille fois "T'es fou ! Je ne te crois pas !"... Pareil, je conçois que Marco est un génie, qu'il y a déjà pensé avant et qu'il saute sur l'occasion pour croire en sa théorie, mais je trouve qu'elle tombe un peu comme un cheveux sur la soupe. Alex l'appelle pour lui dire qu'il s'est passé un truc bizarre, assez incompréhensible et inexplicable. Moins de vingt-quatre heures plus tard, l'hurluberlu se met à s'exciter sur la théorie du multivers. Mouais...

Du reste, le coup de l'astéroïde et de la fin du monde, on a passé toute l'année 2012 à s'exciter dessus, alors navrée mais ça fait un peu réchauffé en ce qui me concerne.

Y a un truc qui m'a plu : le dernier paragraphe. Les dernières phrases, surtout. Je visualise assez bien. Mais à moins de me le faire envoyer en chronique, je ne lirai pas le tome II. Navrée pour tous ceux qui ont aimé et que ma chronique déçoit, mais moi je n'ai pas accroché. Navré aussi pour le jeune auteur, qu'on dit très sympathique et impliqué. Mais après tout ça n'est jamais que son premier roman.

Note : Il s'agit peut-être ici de ma dernière chronique officielle. Gallimard recrute en effet une nouvelle volée de chroniqueurs. Ils vont sélectionner quelques anciens qui pourront rester, mais pas tous. Bien sûr je vais postuler, mais rien n'est garanti. Aussi, si cette chronique devait être la dernière, je tiens à remercier une fois de plus les éditions Gallimard pour ces deux années de collaboration. Après un tour complet de mes chroniques, je constate que j'ai adoré presque tous les livres que vous m'avez envoyé. Chroniquer pour vous fut un plaisir, et un excellent exercice. Si vous en me reprenez pas je continuerai probablement de mon côté, avec mes propres lectures.

Sur ce, salut à tous ! Rendez-vous je-sais-plus-quand-et-j'ai-la-flemme-de-vérifier pour le verdict.

Crôâ !

mercredi 24 avril 2013

Chronique, acte 14, scène 812

Le bon Antoine
de Marie Desplechins


Je ne fais même plus de commentaire sur mes retards --"

Résumé : Antoine est un brave type. Un bon copain. Bref, une poire. Ce qui va lui attirer quelques ennuis, rapport à un tagueur lâche chez qui il a oublié son sac-à-dos (cherchez pas, c'est une relation de cause à effet). Sauf qu'en plus d'être une poire, Antoine a un faible pour les jolies filles, et en plus Murphy a visiblement envie de rigoler. Alors Bébé et son bébé apparaissent sur la route d'Antoine. Et il plonge tête la première dans les ennuis. Bon. On est entrés mais on est pas sortis de l'auberge.

Ma chronique : Bah pour commencer, j'ai bien aimé. C'est sympa, frais, les personnages sont attachants (sauf Bébé. Elle du début à la fin, j'avais envie de la tuer.). En plus le personnage principal porte le même nom que mon petit frère, et me fait furieusement penser à lui. Ceci mis à part, ce roman n'avait rien de très exceptionnel, et s'il m'a parfois fait doucement sourire/rire, il convient davantage à une autre tranche d'âge -moi, à vue de nez, je dirais 11 à 15 ans, mais pas plus.
N'ayant pas lu La Belle Adèle, s'il y avait des liens à faire je ne les ai pas fais. Ce qui ne m'a pas empêché d'apprécier l'écriture claire et fraiche de Marie Desplechin. En donnant la parole à Antoine, il lui faut prendre la voix d'un adolescent à qui les adultes ont du mal à faire confiance (et pour cause !), et qui lui même ne sait pas dire non à ses amis. D'où la loi de Murphy : tant que les choses peuvent empirer, y a pas de raison que ça s'arrête. Et ça ne s'arrête pas, et on a presque envie de s'arracher les cheveux !
De même, si Bébé (le personnage, pas le bébé) m'a donné des envies de meurtre tout au long de ma lecture (on a pas idée d'être niaise à ce point !), il faut quand même reconnaître la difficulté de camper un personnage pareil de façon réaliste -ce que Mme Desplechin parvient à faire.
L'univers du collège est aussi très bien dépeint : ce mur invisible et infranchissable entre les adultes qui y travaillent et les élèves qui y... traînent ? La façon dont l'intégralité des élèves d'un collège peuvent être au courant de quelque chose, en parler entre eux, mais garder professeurs, surveillants et CPE dans l'ignorance... Oui, décidément, c'est tout à fait ça. (Je me permet d'ajouter, n'en déplaise aux ados, que la réciproque est souvent vraie aussi, mes agneaux...) Et puis on retrouve dans la bande de copains d'Antoine l'ambiance bien connue au sein de toutes les bandes de collégiens qui se réunissent chez les uns et les autres -tout pour échapper aux parents. J'ai souvent pensé que si je trouvais la majorité de ces garçons idiots, on devait au moins leur reconnaître qu'ils savaient faire preuve de solidarité : sur un coup de fil, un appel à l'aide, toute la bande débarque, prête à tout, même au pire. Et si ce mouvement de foule provoque parfois des situations dramatiques, dans le Bon Antoine, on ne peut que s'amuser et s'attendrir de les voir essayer de se soutenir maladroitement.
Un roman humoristique, donc, jamais faux, souvent drôle, qui nous renvoi à nos années collège (merci bien !), ou tout simplement les teinte d'un peu de clarté. C'est jamais drôle d'être adolescent, sauf dans les livres. C'est pourquoi je recommande ce roman à tous les collégiens qui passeront par ici -et même à ceux qui n'y passeront pas, d'ailleurs. Et parce que s'il devait y avoir une morale à cette histoire, une leçon à en tirer, c'est que les choses finissent toujours par s'arranger quand on fait ce qu'il faut pour, même lorsqu'on est au fond du trou. S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y pas de problème !

jeudi 28 mars 2013

Chronique en retard...

... et d'ailleurs mea culpa, c'est de bon tont...

Gladiateur
de Simon Scarrow

Tome I : Le Combat pour la liberté



Ahem... Je suis en retard. Certes. Pardon. Vraiment. Trop long de tout vous expliquer, mais bref. Maintenant je suis là, alors on reprend : merci aux éditions Gallimard Jeunesse pour l'envoi de ce roman historique. Sans plus attendre, un résumé et ma chronique.

Résumé : Marcus a dix ans et vit sur une île grecque. Son père, Titus, était centurion sous Pompé le Grand, à qui il a sauvé la vie lors de la révolte des esclaves menée par Spartacus. Marcus vit heureux avec sa famille, son chien et leur vieil et dernier esclave. Mais les affaires de la ferme vont mal, et son père a emprunté de l'argent. Trop d'argent. Bientôt, la tranquillité et la douceur de vivre de la ferme sont troublées par des événements tragiques... Titus est tué, sa femme et son fils emmenés en esclavage. Mais très vite, Marcus s'échappe. Décidé à aller trouver Pompé le Grand, qui est toujours l'obligé de son père, afin de réclamer justice et réparation, il lui faudra affronter la dure vie d'une école de gladiateurs, sur le chemin de Rome...

Ma chronique : Dans l'ensemble, j'ai bien aimé ce roman. Il est agréable à lire, et on sent que l'auteur maîtrise son sujet. Pas facile, en effet, de raconter une histoire qui tienne la route dans un contexte historique bien précis : celui de l'Antiquité. Mais Simon Scarrow sait de quoi il parle, et, sans nous égarer dans des descriptions sans fins et des explications obscures, il plante un décor vivant et réaliste.
Si je devais trouver un défaut à ce roman, ce serait celui-ci : pour tout ce qui a plus de quinze ans et un peu de jugeote, l'histoire est plus ou moins cousue de fil blanc. Dès les premiers chapitres -et même le premier chapitre-, on a déjà compris la plupart des mystères que l'auteur essaye d'instaurer. Avec les quelques clefs données par le prologue, c'est facile à deviner. Toutefois, l'histoire reste intéressante, on a envie de lire la suite, de savoir ce qui se passe, et d'accompagner le héros dans la suite de ses aventures.
Marcus est un personnage attachant, qui fait preuve de beaucoup de courage face à la situation difficile dans laquelle il est. On ne suit pas seulement son évolution physique, en tant que gladiateur, mais aussi et surtout son évolution mentale : l'ordre de ses priorités change, s'adaptant à la situation et aux différentes options qui s'offrent à lui. On découvre à travers ses yeux le monde des maîtres et des esclaves, et les dures lois de l'école des gladiateurs. Marcus est fier et buté, il sort de chaque épreuve plus fort.
On partage aisément les sentiments des personnages : d'une scène à l'autre, on se réjouit avec eux, on sent venir les ennuis, on a mal et on a peur... À un moment, Marcus attend avec d'autres apprentis gladiateurs de participer à son premier combat à mort, dans l'arène... La tension et le stress sont palpables, et personnellement je me suis sentie tellement emportée que j'en avais les mains moites et le ventre noué. De même, si, au début, on a envie de crier à l'injustice, comme Marcus, on le suit bientôt dans sa résignation -une demie résignation seulement. Comme lui, on sait que son heure viendra, qu'il doit simplement prendre son mal en patience. Et on le prend avec lui.
La fin en cliffhanger nous laisse sur notre faim, mais c'est normal, après tout, puisqu'il faut nous donner envie de lire le tome II. Personnellement, je le ferai avec plaisir, car j'ai hâte de savoir ce qui va arriver à Marcus. Les derniers rebondissements du premier volume l'orientent en effet sur un autre chemin. (Mais rappelons nous que tous les chemins mènent à Rome...)
Voici donc un roman très prometteur et agréable à lire. On se laissera facilement emporter. À recommander dès l'âge de dix ans, et même à lire en famille.

Ave Cæsar. Morituri te salutant.

mercredi 16 janvier 2013

Chronique (acte 19, scène 815) : La Décision, d'Isabelle Pandazopoulos

La Décision
d'
Isabelle PANDAZOPOULOS



Tout d'abord et comme d'habitude, un grand merci à Gallimard Jeunesse pour l'envoi de ce court roman (environ 250 pages) très fort (peut-être justement parce que très concentré) sur le déni de grossesse et la maternité adolescente.

Résumé : Un matin Louise, dix-sept ans, a un malaise en cours de maths. Dans l'heure qui suit, elle accouche seule d'un petit garçon de 3,3 kg. Le bébé semble sorti de nulle part, personne n'avait remarqué qu'elle était enceinte, elle encore moins. Elle n'avait pas du tout de ventre, aucun des symptômes, rien... Louise n'a pourtant jamais couché avec personne, elle en est sûre...
Au fil du roman, l'histoire nous est dévoilée par les yeux de différents personnages : Louise, ses parents, ses amis, les professionnels qui l'encadrent. Ce n'est pas juste un roman racontant l'histoire d'une adolescente vivant un déni de grossesse, c'est un documentaire bouleversant sur un sujet dérangeant et mal connu.

Ma chronique : Vous le savez si vous me suivez depuis longtemps, ou tout simplement si vous me connaissez dans la réalité : ce genre de bouquins, en général, ce n'est pas ma tasse de thé. Celui-là, rien à faire, il fallait le lire, boulot de chroniqueur oblige -eh ! On ne peut pas toujours chroniquer des dystopies ou de la fantaisie, si ? Alors je l'ai ouvert, calée dans le siège de la voiture qui m'emmenait réveillonner chez grand-mère... Tout de suite, j'ai été happée, scotchée, emprisonnée. Puis relâchée, deux ou trois heures plus tard, les yeux brûlants, la tête pleine de pensées. J'ai regardé le paysage défiler en digérant ce que je venais de lire. Depuis, près de trois semaines sont passées, on a même changé d'année. Il est temps de mettre mon ressentis par écris.
Ça commence, on est dans la tête de Samuel, petit génie qui a sauté deux classes, assis à son cours de maths. Presque immédiatement après notre arrivée, Louise se lève, malade, et sort. "En sortant, elle a tout emporté", pense Samuel. Le point de vue de l'adolescent souligne d'autant plus durement le décalage avec ce qui s'est passé : c'était un jour comme les autres. Les choses comme ça arrivent toujours un jour comme les autres. On a tous vécu un événement comme celui-là, vous savez quand, le soir, en y repensant, on réalise que lorsqu'on s'est levé le matin, on ne se doutait de rien. Ce matin encore, c'était un jour comme les autres. Et on oublie que les jours bizarres commencent toujours comme les autres, avec la sonnerie du réveil et le levé du soleil.
Ce matin d'un jour comme les autres, Louise va accoucher seule dans les toilettes de l'école. À la voix de Samuel succède celle du proviseur de son lycée, puis des parents de Louise, des infirmières, assistantes sociales, sages-femmes. Quand la voix de Louise se fait entendre à son tour, elle est éraillée, chaotique. Comment se relever d'un coup pareil ? Tout a éclaté et elle n'a même pas la force de ramper pour ramasser les morceaux. Un morceau en particulier. Le morceau d'elle qui dort dans une autre pièce, au milieu des autres bébés...
C'est un roman qu'on ne peut pas lâcher. Une spirale qui nous entraîne de bout en bout, du début jusqu'à la fin. La vie est un tapis roulant, on est bloqué sur celui de Louise le temps de 250 pages, et on ne peut pas descendre en marche. Jusqu'à la révélation, et la décision, celle à laquelle on pense le plus tard possible, mais qu'il faut prendre, finalement... Car la course du temps force à regarder devant soi, sinon c'est la chute au fond du gouffre, le mur contre lequel on va s'écraser faute d'avoir osé regarder le virage. Louise, déchirée, doit se reconstruire, se suturer elle-même. Tout le monde veut l'aider mais la vérité que les mots d'Isabelle Pandazopoulos laissent apparaître en transparence, c'est que dans ce genre d'épreuve, aide-toi. Car personne ne peut le faire pour toi. Amis et famille peuvent bien tendre les bras, prêter leurs épaules et leurs mouchoirs, ils ne peuvent pas faire eux-même le ménage dans notre tête, ni prendre une décision à notre place car alors elle n'a plus de sens. Et plus que tout, ils ne peuvent pas décider de vivre pour nous.

J'ai apprécié les changements de point de vue, qui permettaient d'appréhender la situation sous différents angles. On passe suffisamment de temps dans la tête de Louise pour comprendre ce qui se passe et où on en est. Qui plus est, vu l'état dans lequel elle est, je ne sais pas si j'aurai bien vécu d'être constamment dans sa tête, et ce genre d'histoire ne peut se raconter que de l'intérieur.
Le ton est juste et le demeure tout au long du roman, comme un noeud très serré qui ne se délie pas. Un bon livre. Dur, fort, mais bon.

Voilà, je crois que tout est dis. Je ne peux pas dire que ce livre m'ait plus parce qu'il n'est pas fait pour ça. Il m'est rentré dans la tête, il a pris le plus de place possible et il m'a fait réfléchir. Mes petites cellules grises ont chauffé comme pas permis. Alors je le recommande pour ça. Pour apprendre, comprendre, et surtout pour savoir. Ça n'arrive pas qu'aux autres. Et quand ça arrive...

Merci à l'auteur et aux éditions Gallimard Jeunesse !

mercredi 14 novembre 2012

Critique dans le cadre des match de la rentrée littéraire 2012

L'Amour sans le faire
de Serge Joncour
Éditions Flammarion



Dans le cadre de la Rentrée littéraire du site Price Minister, j'ai reçu et lu L'Amour sans le faire, de Serge Joncour, et doit donc ici en faire la chronique. Lien vers la fiche du livre sur Price Minister en fin de critique.

J'ai beaucoup de choses à dire sur ce livre, mais je vais commencer par vous faire partager la quatrième de couverture, un petit résumé, et vous expliquer pourquoi j'avais choisi celui-là parmi la liste d'ouvrages proposés.

Après dix ans de silence, Franck téléphone un soir à ses parents. Curieusement, c'est un petit garçon qui décroche. Plus curieusement encore, il s'appelle Alexandre, comme son frère disparu des années auparavant. Franck décide alors de revenir dans la ferme familiale. Louise, elle, a prévu d'y passer quelques jours avec son fils. Franck et Louise, sans se confier, semblent se comprendre. "On ne refait pas sa vie, c'est juste l'ancienne sur laquelle on insiste", pense Franck en arrivant. Mais dans le silence de cet été ensoleillé et chaud, autour d'un enfant de cinq ans, "insister" finit par ressembler à la vie réinventée.

Résumé : Franck s'est éloigné de sa famille en montant faire ses études puis sa vie à Paris. La vie à la campagne, très peu pour lui. Depuis toujours, il préférait voir le monde à travers la lentille de sa caméra. Il a fini par devenir cadreur, et travail au rythme des émissions, des documentaires, des reportages. Rien de trépidant. À plus de quarante ans, il vit seul et ne travaille pas souvent. Un jour, sans raison apparente, il décide de revenir à la ferme familiale. Ayant dans l'idée de prévenir de son arrivée, il téléphone. Il est surpris d'avoir un enfant au bout du fil. Plus surpris encore que cet enfant s'appelle Alexandre. Un Alexandre, il y en a bien eu un dans la vie de Franck, mais il est mort bien des années auparavant, ça ne peut pas être lui. Un peu perturbé, Franck raccroche, mais décide d'y aller quand même.
Louise vit seule à Clermont Ferrand depuis la mort d'Alexandre. Elle travaille dans un atelier de télécommandes où les six ouvrières restantes passent leurs journées de travail à tromper l'ennui en attendant qu'on leur annonce qu'elles sont au chômage. Sur l'insistance de ses collègues, Louise prend six jours de vacances, et va rejoindre son fils de cinq ans qu'elle a laissé à ses presque-beaux parents, dans leur ferme, à la campagne. Elle est d'autant plus soulagée de s'éloigner qu'un homme avec qui elle a eu une liaison se fait de plus en plus insistant...
Franck et Louise ne se connaissent que de loin. Pourtant ils se comprennent immédiatement. La présence de l'autre finit par allumer comme une lueur d'espoir dans leurs vies...

Pourquoi ce livre là : Ceux qui me connaissent auront deviné tout seul. J'aime les histoires d'amour. C'est niais, je sais. J'assume complètement. Ou pas. Bref.

Chronique : je suis un peu déçue. Navrée de commencer comme ça, mais c'est ce qui ressort principalement de ma lecture. À vrai dire, je crois que la quatrième de couverture est à mettre en accusation : le résumé qu'elle propose est un peu trompeur. En réalité, plus de la moitié du roman décrit les vies respectives de Franck et de Louise, l'un à Paris l'autre à Clermont Ferrand, et le trajet, bien que court, qu'ils doivent faire pour aller jusqu'à la ferme. Ça m'a donné l'impression d'une mise en situation qui durait, un incipit qui s'éternise. Je me suis surprise plusieurs fois à me demander quand est-ce que ça commençait, à devoir résister à la tentation de feuilleter quelques pages pour voir si le shmilblick avançait un peu plus loin. Après, faut préciser que je suis habituée à des bouquins qui bougent davantage. Moi mon truc c'est l'action, les dragons, les vaisseaux spatiaux, et parfois aussi les ados déchaînés qui badent un peu mais qui découvrent qu'ils peuvent s'en sortir en s'accrochant les uns aux autres. Donc, pas de panique, et ne vous laissez pas trop influencer par mes premières remarques.

Du reste, je pense qu'en format cinématographique, j'aurais adoré, parce que l'histoire me plaît beaucoup. Les paysages décris semblent grandioses, et Serge Joncour arrive très bien à nous faire rentrer dans son univers. La campagne en plein été, on y était -et pourtant je suis à Londres et l'hiver s'annonce, c'est dire. Je trouve également que le personnage d'Alexandre, un enfant de cinq ans, est particulièrement bien campé. Il est toujours difficile de rendre crédible un dialogue dans lequel intervient un enfant, surtout aussi jeune, car il faut coller à son âge. Dans le cas présent, l'auteur y parvient tout à fait -ce qui m'amène à me demander s'il côtoie régulièrement des enfants de cinq ans ou s'il est juste talentueux. En réalité, tous les dialogues sont bien amenés et adhèrent à la personnalité de leurs personnages. Il est difficile de faire la part des choses en ce qui concerne Franck et Louise, les deux "citadins", puisque leur langage n'a rien de particulier. Mais la manière dont s'expriment les parents de Franck, ainsi que ses anciens amis d'enfance, correspond tout à fait à de vieux paysans. Je pouvais presque entendre leur accent...

Par la suite, il n'y a pas énormément d'action, le temps s'écoule au rythme de la vie à la campagne pendant l'été. Campagne qui, comme partout en France, se vide peu à peu. Les champs ont laissé place aux terrains vagues pleins d'herbes sauvages, les chiens n'aboient plus, les moulins ne tournent plus. Ainsi, le roman met en avant, a dessein ou non, le destin de nos campagnes, qui semblent vouées à redevenir des zones sauvages et inhabitées à mesure que la population se retranche vers les villes et qu'on délocalise les usines.

Puisqu'il me faut noter ce livre, je lui donnerais un 16/20. Malgré qu'il ne s'y passe pas assez de choses à mon goût, je le recommande quand même, car il est bien écris. On s'y laisse prendre.

(Ceci étant dis, Papa abstiens toi. Maman, par contre, vas-y, toi tu vas aimer.)

L'Amour sans le faire, de Serge Joncour

Jo