Cyrano

Il me faut une armée entière à déconfire !
J'ai dix coeurs, j'ai vingt bras, il ne peut me suffire
De pourfendre des nains ! Il me faut des géants !

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand

vendredi 11 avril 2014

Chronique : Mon père est parti à la guerre

Non, non, ce blog n'est pas mort.

Mon père est parti à la guerre
John Boyne
traduit de l'anglais (Irlande) par
Catherine Gibert




Résumé : Le 28 juillet 1914, à Londres. Alfie Summerfield fête aujourd'hui ses cinq ans. Pourtant il n'y a pas grande monde à la petite fête organisée par ses parents, et pour cause : la première guerre mondiale vient d'éclater.
Ce jour-là Georgie, le père d'Alfie, promet qu'il ne s'engagera pas. Le lendemain il paraît dans le salon en uniforme militaire. Quatre ans plus tard, alors que le gouvernement promet (encore) la fin des combats pour bientôt, les lettres ont cessé d'arriver et Alfie ne croit pas sa mère, qui dit que son père est en mission secrète. Mais dans ce cas, où est-il ?

Ma chronique : La preuve que ce bouquin est une tuerie : je l'ai dévoré en deux jours ! Ça tombe bien, j'en avais soupé de la seconde guerre mondiale, ravie qu'on se décide enfin à me parler de la première !
Le point de vue choisi, celui d'un enfant qui vie le conflit à travers les adultes qui l'entourent, permet de garder une certaine légèreté tout en accentuant, de manière tout à fait paradoxale, la gravité de certains moments. Pour Alfie les drames sont effroyablement dramatiques, le reste n'a qu'une importance secondaire.
On évoque souvent le front et les poilus quand on parle de la der des der, John Boyne nous garde à l'arrière. Les mères qui doivent se mettre à travailler pour nourrir leurs enfants, les étrangers de l'Est, qui, bien que nés sur le sol britannique, sont embarqués et détenus comme prisonniers de guerre. Les 'objecteurs', ceux qui, jusqu'au bout, ont refusé de y aller, et ont dû subir les regards de leurs voisins.
Le plus terrible, ce sont ces passages dans un hôpital militaire, qui dépeignent les ravages de la guerre non seulement sur les corps mais dans les esprits. Les soldats rapatriés du front sont gravement traumatisés, les dégâts dans leurs têtes sont plus effroyables encore que leurs blessures physiques.
L'écriture de John Boyne -et celle de Catherine Gibert, la traductrice, est fluide et rend la lecture aisée, même pour un enfant. Les questionnements d'Alfie, qui doit souvent y répondre tout seul en faisant des hypothèses erronées, contribuent à alléger un texte au thème bien lourd.
Les personnages sont bien dessinés, le point de vue d'Alfie est superbement exploité, l'histoire se lit aussi vite et facilement qu'elle se déroule, bref, que du positif ! À lire !

Merci à Gallimard Jeunesse pour leur confiance.

mercredi 12 juin 2013

A comme Aujourd'hui : quelque soit la raison de cet envoi inattendu, après lecture je suis allée jeûner trois jours au temple des Livres de Bouquinbourg...

Alors comment vous expliquer... Je ne sais pas si la réception de ce roman doit sa traduire par :
a) on te garde.
b) ceci est un cadeau d'adieu.
c) en réalité Multiversum n'était pas ta dernière chronique, on t'a bien eu, hein ?

Et pour être honnête je m'en fous : j'ai lu le roman le plus excitant que j'ai jamais lu de ma vie et je suis immensément reconnaissante à Gallimard pour ça. Vraiment. Merci. *essuie une larme*

A comme Aujourd'hui
de David Levithan



Résumé : A n'est personne. A est tout le monde. Chaque matin, à son réveil, il est quelqu'un d'autre. Lycéen fumeur un jour, junkie le lendemain, obèse le surlendemain, suicidaire le jour suivant... Pendant vingt-quatre heures à partir de minuit, il emprunte la vie d'un ou d'une américaine de seize ans. Puis recommence chez quelqu'un d'autre le lendemain, et ainsi de suite. Ça ne s'arrête jamais, il ne se réveille jamais deux fois dans le même corps, et pour ce qu'il en sait c'est comme ça depuis sa naissance. Il vit la vie au jour le jour, incapable d'anticiper l'avenir au delà de vingt-quatre heures et n'ayant aucun moyen de se raccrocher au passé.
Ce matin là, A s'appelle Justin. Fumeur, mauvais caractère, pas spécialement intéressant.
Ce jour-là, A rencontre Rhiannon, la petite amie de Justin. Et tout change.

Ma chronique : Inutile de vous cacher, j'ai parfaitement entendu les "Oh, encore une histoire d'amour... !". Taisez-vous immédiatement, ouvrez grandes vos esgourdes -ou plutôt vos mirettes vu que c'est un texte...
Ce livre est une tuerie. Non, sans rire, j'ai passé quarante-huit heures dessus (grosso modo) sans pouvoir le lâcher, même quand y avait du monde autour de moi. J'avais tout à fait conscience d'être d'une grossièreté affligeante mais je ne pouvait pas faire autrement que lire la suite ! Chaque chapitre est différent, réserve une surprise, et il est impossible d'anticiper ce qui va se passer. On est exactement comme A : on vit au jour le jour (enfin, au chapitre le chapitre) en sachant que chaque fois qu'il planifie quelque chose, la probabilité que tout se déroule comme prévu avoisine le zéro absolu. On a les mains moites, on se redresse d'un coup avec une exclamation presque à chaque nouvelle page, à chaque nouveau chapitre on essaie de se préparer mentalement (À quelle sauce va-t-il être mangé cette fois...) mais y a rien à faire, on tombe toujours des nues... Et c'est bon !

Alors oui, c'est une histoire d'amour. En fait non, avant tout c'est une histoire d'identité, de perception du monde et de la façon dont nous vivons nos vies. Dans un livre à la première personne où le personnage principal est tour à tour garçon, fille, trans, gay, lesbienne, bi, schizophrène, junkie, obèse, dépressif, métaleux, geek, religieux, et j'en passe, il est impossible de focaliser son regard quelque part. A est une immense toile d'araignée et on ne sait jamais où regarder parce qu'on a peur de louper un détail. On apprend que chaque journée, chaque tranche de vingt-quatre heures dans nos vies est importante -parce que ce mode de vie oblige A à marcher continuellement sur des oeufs pour ne pas semer la pagaille derrière lui. Le jour où on part en vacances, le jour de la messe, le jour de la gay pride, ce jour d'école si banal et pourtant si exceptionnel, le jour où on adresse la parole à ce garçon, le jour où notre mère nous dit qu'on peut inviter cette fille à la maison si on veut, le jour où on veut se suicider... A se sent toujours comme un voleur ou un voyeur -personnellement je le verrai plus comme un squatteur.

Rhiannon est plutôt l'élément perturbateur dans la vie si bizarre et en même temps si bien contrôlée (enfin, façon de parler) du héros. Pour la première fois elle lui donne envie d'essayer de se projeter dans l'avenir et A se retrouve à jongler avec des couteaux, essayant désespérément de ne pas piétiner les vies qu'il en emprunte tout en vivant la sienne. Y arrivera-t-il ou non ? Il faudra lire le roman pour le savoir, mes enfants.

Donc vous l'aurez compris, c'est un grand bravo, un grand merci, et une immense incitation à la lecture ! Sérieusement ! Lisez ce livre ! Vous ne pourrez plus le lâcher.

jeudi 16 mai 2013

Multiversum

Multiversum
de Leonardo Patrignani

Oui, elle est belle la couverture. Mais on s'excite pas dessus , s'il-vous-plaît : ne jamais juger un livre à sa couverture !
Résumé : Alex et Jenny ont seize ans. Le premier vit à Milan, la seconde à Melbourne, en Australie. À des milliers de kilomètres l'un de l'autre, donc. Pourtant, au cours d'étranges crises qui pourraient s'apparenter à de l'épilepsie, les deux adolescents entre en communication télépathique. Alex finit par se décider à se rendre à Brisbane pour rencontrer cette fille étrange qu'il ne connaît pas mais avec l'esprit duquel il est pourtant en relation.
Il n'y a personne au rendez-vous. Pourtant Jenny s'y trouve bel et bien. Au fil de leurs recherches, Alex et son ami Marco finissent par découvrir que la jeune fille pourrait bien vivre dans un univers parallèle...



Autant le dire tout de suite : ça ne m'a pas plu. Il y a plusieurs raisons à ça et la plupart sont indépendantes de l'auteur, ce dernier n'est donc (presque) pas à blâmer.

- En voyant les commentaires dithyrambiques de ceux qui l'avaient reçu avant moi sur le mur facebook de Gallimard, je m'étais attendue à une bombe. Si je l'avais ouvert sans ce type de préjugés, probable que ça serait mieux passé.

- Je deviens de plus en plus exigente dans mes lectures avec le temps, et je ne sais pas si je dois haïr ou bénir celui que j'ai appelé pendant quelques mois mon parrain en écriture, pour ça. Avant je prenais mon pied en lisant Marc Levy. Maintenant je ne sais pas si c'est encore possible, faudra que je réessaie... Après je ne sais pas si ça vient de la traduction, et ne le saurais probablement jamais puisque je ne parle pas italien et que cette langue passe bien après l'anglais, l'espagnol, le russe et l'arabe dans ma liste de langues à apprendre dans les années à venir. Mais personnellement, je n'ai pas trouvé ça exceptionnel. Je vais développer ce point là dans ma chronique.

- LA raison principale pour laquelle je ne pouvais pas adorer ce bouquin et le trouver formidable : d'après ce que j'ai lu, ce qui a accroché et sidéré la plupart de mes camarades chroniqueurs, c'est l'aspect mondes parallèles, destins parallèles, et histoire d'amour qui transcende l'espace-temps. Il se trouve que... j'ai découvert ça il y a quelques années. Mon père regardait une série de SF, un été. Je me suis assise à côté de lui sur le canapé. J'étais partie pour cinq saisons de trip, sur le moment j'en savais rien. La série s'appelait Fringe, les héros Peter et Olivia. Dans la dimension d'Olivia, Peter est mort à l'âge de sept ans. Dans celle de Peter, il a été enlevé à ses parents au même âge. Ils ont la trentaine lorsqu'ils se rencontrent à Bagdad, et qu'Olivia force plus ou moins Peter à rejoindre le FBI à titre de consultant sur des affaires étranges... Bientôt la découverte de l'existence d'un univers parallèle plonge leurs vies et leur monde dans le chaos. Sur cinq saisons, l'amour qui les unit traverse même les épreuves les plus rudes. Bref, Abrams l'a déjà fait, et l'a tellement bien fait que personne ne fera jamais mieux -je vais essayer quand même, on sait jamais.

Développement de ma chronique :

J'ai compris votre explosion d'enthousiasme, amis chroniqueurs, quand j'ai lu que vous étiez ébahis par la découverte du principe du multivers et des mondes parallèles. Comme dis plus haut, dans mon cas il n'y avait là rien de bien nouveau, sans compter que depuis ma propre découverte de ce thème de SF, j'ai beaucoup cogité sur le sujet au point d'avoir déjà des débuts d'idées de roman...
Le problème, c'est qu'une fois qu'on enlève le côté très relativement innovant d'une histoire se déroulant dans des univers parallèles, bah... À mon sens il ne reste plus grand chose.

Les personnages : je les ai trouvé vains, vides. Assez paradoxal quand on avance un peu dans la lecture et que se développe le principe de plusieurs vies menées parallèlement par une seule et même personne. Pourtant on sait des choses sur eux : Alex est capitaine de son équipe de basket, Jenny fait de la natation à haut niveau. Alex vit dans un appartement qu'il n'aime pas, à Milan, et son meilleur ami est un geek de vingt ans nommé Marco. Jenny habite une maison à Melbourne, dans un quartier calme, près de l'océan.
Justement moi je trouve qu'ils ont trop en commun, nos deux personnages principaux. On dirait qu'ils ont été construits de la même manière. Après, s'ils s'étaient rencontrés de manière classique et s'étaient rapprochés par affinité, j'aurai trouvé ça logique : généralement, on devient amis et on tombe amoureux de gens avec qui on a des choses en commun, sauf coup de foudre et grande passion -vous savez, ces trucs qui ont tendance à se terminer très mal, dans les films et les romans ? Là, c'était quand même gros que sur les sept milliards d'habitants de leur planète, ils se mettent justement à communiquer par télépathie avec quelqu'un qui leur ressemble...
Le seul personnage qui m'ait un tant soit peu intéressé, c'est Marco. Peut-être parce que j'aime bien les êtres torturés... Cela dis, sur la fin, j'en avais un peu marre de le voir virer pleurnichard -on peut être sur le point de mourir et conserver un minimum de dignité, à plus forte raison quand on a un vécu comme le sien et qu'on a donc été endurci par les épreuves que la vie nous a infligé.

La relation Jenny/Alex : ceux qui me connaissent savent que je kiffe les histoires d'amour. Ça me fait vibrer, trépigner, fantasmer, rêver, pleurer, rire (nerveusement ou pas), en réclamer encore. Là j'ai rien senti. Mais alors rien de rien... C'était tellement... artificiel ! D'abord au début j'avais pas capté qu'ils étaient amoureux. Parce qu'entre nous si je me met subitement à communiquer par la pensée avec un garçon, c'est sûr que ça va occasionner un rapprochement sentimental, mais c'est pas pour autant que je vais tomber amoureuse de lui. J'exclus pas que ça arrive, mais c'est pas obligatoire, hein ? Si y a pas de feeling, y a pas. Sans compter que nos deux tourtereaux n'ont même pas pris le temps de faire connaissance ! Les échanges télépathiques ont été plutôt courts et creux, surtout au début, avant leur rencontre, vu qu'ils ne maîtrisaient pas encore très bien la chose. Donc on ne peut même pas dire qu'ils ont fini par tomber amoureux de la personnalité de l'autre.
Après, si on me dit que c'est une force cosmique qui les attire l'un vers l'autre à travers les univers... Je veux bien, je dis même "super ! Raconte !" et je dévore. Mais dans ce cas là, la force cosmique, je veux la voir, qu'on m'en parle, qu'on me la décrive. Je veux le sentir à travers les pensées et sentiments des personnages, cette force cosmique qui les attire l'un vers l'autre. Je veux les voir s'interroger sur le sujet, se demander ce qui leur prend, s'étonner de ces sentiments si forts envers quelqu'un qu'ils n'ont jamais rencontré et avec qui ils ont à peine communiqué.
Certes, on apprend plus tard qu'ils se sont déjà rencontrés avant... Mais n'empêche. Et d'ailleurs je n'ai lu nul part, au cours des flash-back et des retours de mémoire, qu'ils étaient soudainement envahi par une reminiscence de sentiments nés au cours de leur enfance... Bref, à mon sens une histoire d'amour pas crédible et creuse, qui ne m'a pas emportée une seule seconde.

Et puis franchement, les allers-retours Milan-Melbourne, y a personne d'autre que ça choque ? Ouais, carte prépayée, passeport et tout... Mais déjà je crois me souvenir qu'il faut un visa pour entrer en Australie. À en croire l'auteur, fuguer à seize ans et parcourir des milliers de kilomètres, c'est simple comme bonjour ! Bien pratique le copain geek pour pirater du fric à droite et à gauche, pour le coup, hum ? Fin bon...

Je ne vais pas épiloguer pendant deux siècles sur un roman qui ne m'a pas plu. Ai-je besoin de mentionner l'aspect répétitif de certains paragraphes -oui, on a compris qu'Alex n'assume pas du tout la théorie de Marco sur les univers parallèles, pas la peine de lui faire répéter vingt mille fois "T'es fou ! Je ne te crois pas !"... Pareil, je conçois que Marco est un génie, qu'il y a déjà pensé avant et qu'il saute sur l'occasion pour croire en sa théorie, mais je trouve qu'elle tombe un peu comme un cheveux sur la soupe. Alex l'appelle pour lui dire qu'il s'est passé un truc bizarre, assez incompréhensible et inexplicable. Moins de vingt-quatre heures plus tard, l'hurluberlu se met à s'exciter sur la théorie du multivers. Mouais...

Du reste, le coup de l'astéroïde et de la fin du monde, on a passé toute l'année 2012 à s'exciter dessus, alors navrée mais ça fait un peu réchauffé en ce qui me concerne.

Y a un truc qui m'a plu : le dernier paragraphe. Les dernières phrases, surtout. Je visualise assez bien. Mais à moins de me le faire envoyer en chronique, je ne lirai pas le tome II. Navrée pour tous ceux qui ont aimé et que ma chronique déçoit, mais moi je n'ai pas accroché. Navré aussi pour le jeune auteur, qu'on dit très sympathique et impliqué. Mais après tout ça n'est jamais que son premier roman.

Note : Il s'agit peut-être ici de ma dernière chronique officielle. Gallimard recrute en effet une nouvelle volée de chroniqueurs. Ils vont sélectionner quelques anciens qui pourront rester, mais pas tous. Bien sûr je vais postuler, mais rien n'est garanti. Aussi, si cette chronique devait être la dernière, je tiens à remercier une fois de plus les éditions Gallimard pour ces deux années de collaboration. Après un tour complet de mes chroniques, je constate que j'ai adoré presque tous les livres que vous m'avez envoyé. Chroniquer pour vous fut un plaisir, et un excellent exercice. Si vous en me reprenez pas je continuerai probablement de mon côté, avec mes propres lectures.

Sur ce, salut à tous ! Rendez-vous je-sais-plus-quand-et-j'ai-la-flemme-de-vérifier pour le verdict.

Crôâ !

mercredi 24 avril 2013

Chronique, acte 14, scène 812

Le bon Antoine
de Marie Desplechins


Je ne fais même plus de commentaire sur mes retards --"

Résumé : Antoine est un brave type. Un bon copain. Bref, une poire. Ce qui va lui attirer quelques ennuis, rapport à un tagueur lâche chez qui il a oublié son sac-à-dos (cherchez pas, c'est une relation de cause à effet). Sauf qu'en plus d'être une poire, Antoine a un faible pour les jolies filles, et en plus Murphy a visiblement envie de rigoler. Alors Bébé et son bébé apparaissent sur la route d'Antoine. Et il plonge tête la première dans les ennuis. Bon. On est entrés mais on est pas sortis de l'auberge.

Ma chronique : Bah pour commencer, j'ai bien aimé. C'est sympa, frais, les personnages sont attachants (sauf Bébé. Elle du début à la fin, j'avais envie de la tuer.). En plus le personnage principal porte le même nom que mon petit frère, et me fait furieusement penser à lui. Ceci mis à part, ce roman n'avait rien de très exceptionnel, et s'il m'a parfois fait doucement sourire/rire, il convient davantage à une autre tranche d'âge -moi, à vue de nez, je dirais 11 à 15 ans, mais pas plus.
N'ayant pas lu La Belle Adèle, s'il y avait des liens à faire je ne les ai pas fais. Ce qui ne m'a pas empêché d'apprécier l'écriture claire et fraiche de Marie Desplechin. En donnant la parole à Antoine, il lui faut prendre la voix d'un adolescent à qui les adultes ont du mal à faire confiance (et pour cause !), et qui lui même ne sait pas dire non à ses amis. D'où la loi de Murphy : tant que les choses peuvent empirer, y a pas de raison que ça s'arrête. Et ça ne s'arrête pas, et on a presque envie de s'arracher les cheveux !
De même, si Bébé (le personnage, pas le bébé) m'a donné des envies de meurtre tout au long de ma lecture (on a pas idée d'être niaise à ce point !), il faut quand même reconnaître la difficulté de camper un personnage pareil de façon réaliste -ce que Mme Desplechin parvient à faire.
L'univers du collège est aussi très bien dépeint : ce mur invisible et infranchissable entre les adultes qui y travaillent et les élèves qui y... traînent ? La façon dont l'intégralité des élèves d'un collège peuvent être au courant de quelque chose, en parler entre eux, mais garder professeurs, surveillants et CPE dans l'ignorance... Oui, décidément, c'est tout à fait ça. (Je me permet d'ajouter, n'en déplaise aux ados, que la réciproque est souvent vraie aussi, mes agneaux...) Et puis on retrouve dans la bande de copains d'Antoine l'ambiance bien connue au sein de toutes les bandes de collégiens qui se réunissent chez les uns et les autres -tout pour échapper aux parents. J'ai souvent pensé que si je trouvais la majorité de ces garçons idiots, on devait au moins leur reconnaître qu'ils savaient faire preuve de solidarité : sur un coup de fil, un appel à l'aide, toute la bande débarque, prête à tout, même au pire. Et si ce mouvement de foule provoque parfois des situations dramatiques, dans le Bon Antoine, on ne peut que s'amuser et s'attendrir de les voir essayer de se soutenir maladroitement.
Un roman humoristique, donc, jamais faux, souvent drôle, qui nous renvoi à nos années collège (merci bien !), ou tout simplement les teinte d'un peu de clarté. C'est jamais drôle d'être adolescent, sauf dans les livres. C'est pourquoi je recommande ce roman à tous les collégiens qui passeront par ici -et même à ceux qui n'y passeront pas, d'ailleurs. Et parce que s'il devait y avoir une morale à cette histoire, une leçon à en tirer, c'est que les choses finissent toujours par s'arranger quand on fait ce qu'il faut pour, même lorsqu'on est au fond du trou. S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y pas de problème !

jeudi 28 mars 2013

Chronique en retard...

... et d'ailleurs mea culpa, c'est de bon tont...

Gladiateur
de Simon Scarrow

Tome I : Le Combat pour la liberté



Ahem... Je suis en retard. Certes. Pardon. Vraiment. Trop long de tout vous expliquer, mais bref. Maintenant je suis là, alors on reprend : merci aux éditions Gallimard Jeunesse pour l'envoi de ce roman historique. Sans plus attendre, un résumé et ma chronique.

Résumé : Marcus a dix ans et vit sur une île grecque. Son père, Titus, était centurion sous Pompé le Grand, à qui il a sauvé la vie lors de la révolte des esclaves menée par Spartacus. Marcus vit heureux avec sa famille, son chien et leur vieil et dernier esclave. Mais les affaires de la ferme vont mal, et son père a emprunté de l'argent. Trop d'argent. Bientôt, la tranquillité et la douceur de vivre de la ferme sont troublées par des événements tragiques... Titus est tué, sa femme et son fils emmenés en esclavage. Mais très vite, Marcus s'échappe. Décidé à aller trouver Pompé le Grand, qui est toujours l'obligé de son père, afin de réclamer justice et réparation, il lui faudra affronter la dure vie d'une école de gladiateurs, sur le chemin de Rome...

Ma chronique : Dans l'ensemble, j'ai bien aimé ce roman. Il est agréable à lire, et on sent que l'auteur maîtrise son sujet. Pas facile, en effet, de raconter une histoire qui tienne la route dans un contexte historique bien précis : celui de l'Antiquité. Mais Simon Scarrow sait de quoi il parle, et, sans nous égarer dans des descriptions sans fins et des explications obscures, il plante un décor vivant et réaliste.
Si je devais trouver un défaut à ce roman, ce serait celui-ci : pour tout ce qui a plus de quinze ans et un peu de jugeote, l'histoire est plus ou moins cousue de fil blanc. Dès les premiers chapitres -et même le premier chapitre-, on a déjà compris la plupart des mystères que l'auteur essaye d'instaurer. Avec les quelques clefs données par le prologue, c'est facile à deviner. Toutefois, l'histoire reste intéressante, on a envie de lire la suite, de savoir ce qui se passe, et d'accompagner le héros dans la suite de ses aventures.
Marcus est un personnage attachant, qui fait preuve de beaucoup de courage face à la situation difficile dans laquelle il est. On ne suit pas seulement son évolution physique, en tant que gladiateur, mais aussi et surtout son évolution mentale : l'ordre de ses priorités change, s'adaptant à la situation et aux différentes options qui s'offrent à lui. On découvre à travers ses yeux le monde des maîtres et des esclaves, et les dures lois de l'école des gladiateurs. Marcus est fier et buté, il sort de chaque épreuve plus fort.
On partage aisément les sentiments des personnages : d'une scène à l'autre, on se réjouit avec eux, on sent venir les ennuis, on a mal et on a peur... À un moment, Marcus attend avec d'autres apprentis gladiateurs de participer à son premier combat à mort, dans l'arène... La tension et le stress sont palpables, et personnellement je me suis sentie tellement emportée que j'en avais les mains moites et le ventre noué. De même, si, au début, on a envie de crier à l'injustice, comme Marcus, on le suit bientôt dans sa résignation -une demie résignation seulement. Comme lui, on sait que son heure viendra, qu'il doit simplement prendre son mal en patience. Et on le prend avec lui.
La fin en cliffhanger nous laisse sur notre faim, mais c'est normal, après tout, puisqu'il faut nous donner envie de lire le tome II. Personnellement, je le ferai avec plaisir, car j'ai hâte de savoir ce qui va arriver à Marcus. Les derniers rebondissements du premier volume l'orientent en effet sur un autre chemin. (Mais rappelons nous que tous les chemins mènent à Rome...)
Voici donc un roman très prometteur et agréable à lire. On se laissera facilement emporter. À recommander dès l'âge de dix ans, et même à lire en famille.

Ave Cæsar. Morituri te salutant.